Discours de fondation
Annonce publique de la création de MARAD, collectif juif décolonial
genevois, qui ne portait pas encore de nom. Marche pour la Palestine,
Plainpalais, Genève, 27 avril 2024.
Nous, juif·ve·x·s, petits-enfants de déporté·e·x·s et rescapé·e·x·s de la Shoah pour certain·e·x·s, vous annonçons la création d'un nouveau collectif genevois de juif·ve·x·s décolonial·e·x·s. Nous n'avons pas encore de nom, mais il y a urgence.
Il y a urgence à faire entendre nos voix à l'heure où le passé, le présent et le futur du peuple palestinien sont effacés par le génocide en cours ; à l'heure où, aux États-Unis et en Europe, les voix palestiniennes et de leurs allié·e·x·s font face à une répression terrifiante et inquiétante ; à l'heure où la Suisse s'est abstenue de voter pour que la Palestine soit reconnue comme un État membre de l'ONU, qu'elle s'obstine à poursuivre sa collaboration militaire avec Israël et que sa contribution à l'UNRWA reste toujours en suspens ; à l'heure où des milliers de prisonnier·e·x·s remplissent les geôles israéliennes dans des conditions abominables.
Nous dénonçons la confusion absurde et révoltante entre antisémitisme et critique anti-sioniste ; affirmation du gouvernement israélien, trop facilement reprise en Suisse, à droite comme à gauche.
La classe dirigeante et dominante imagine libérer sa conscience du fardeau de deux siècles d'antisémitisme de la Suisse moderne. Également soucieuse de protéger au mieux ses banques, ses sociétés d'assurances et ses entreprises de pointe, elle fait ainsi des choix dénués de tout scrupule.
Le Conseil fédéral ne cache pas sa sympathie pour l'État israélien, malgré l'apartheid et le génocide exercés contre les Palestinien·ne·x·s.
Aujourd'hui, la Suisse se tait face à un génocide en cours, comme elle s'est tue pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en collaborant à maintes reprises avec l'Allemagne nazie, se rendant ainsi complice de la Shoah.
Plutôt que de donner une prétendue leçon d'antisémitisme à celles et ceux qui se solidarisent avec les victimes, elle ferait mieux d'observer son propre visage dans les miroirs de l'Histoire et du droit international.
Nous n'aurons de cesse de répéter que « Non, le judaïsme n'est pas le sionisme, et non, l'antisionisme n'est pas l'antisémitisme » !
Le sionisme s'éternise comme un projet raciste, colonial et suprémaciste ; il ne s'inscrit dans aucune lutte d'émancipation ni dans aucun combat pour les droits humains.
Soutenir Israël, c'est se positionner du côté des politiques d'extrême droite liberticides ; c'est défendre une idéologie coloniale, ethnonationaliste, raciste et fasciste. Avec nos ami·e·x·s féministes, antiracistes, antifascistes et décolonial·e·x·s, nous le répétons : la lutte pour la Palestine est une lutte internationaliste, anti-impérialiste, contre toutes les dominations.
Nous revendiquons une judéité plurielle, bancale et imparfaite, hétérodoxe, queer et antisioniste. Nous voulons reconquérir notre diversité, qui nous a été enlevée dans ce projet funeste colonial et militaire.
Nous dénonçons fermement la récupération de l'antisémitisme au profit des politiques racistes anti-arabes et islamophobes menées par l'Occident. Nous exprimons notre totale solidarité à nos adelphes arabes et musulman·e·x·s.
Depuis le siècle dernier déjà, en Suisse comme dans toute l'Europe, d'innombrables voix juives antisionistes se sont fait entendre. Rejoignez-nous !
L'heure est venue de serrer les rangs, de renforcer nos solidarités et nos luttes au-delà des frontières. Il est temps de faire bloc.
À bas le colonialisme, que cesse le génocide !
Tahia, tahia Falestine !