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Discours

Du manque de courage du rectorat

Prise de parole pour MARAD à l'assemblée générale du personnel
de l'Université de Genève.
[Lieu et date à préciser, mai 2024.]

Je prends la parole en tant qu'employé·e, mais aussi comme membre fondateur·ice de MARAD, un collectif juif décolonial. J'étais avec les autres membres du collectif, mais aussi d'autres personnes juives présent·e·x·s aux mobilisations de la CEP. Nous sommes en solidarité avec le mouvement parce que nous sommes horrifié·e·x·s et révolté·e·x·s par la situation à Gaza, mais aussi depuis ce que les Palestinien·ne·x·s appellent la Nakba, la catastrophe — qui est, il faut le rappeler, un processus et pas seulement un événement. Ilan Pappé, un historien israélien que vous connaissez sûrement, la décrit comme suit :

L'opération de nettoyage ethnique de 1948 a permis à Israël de contrôler environ 80 pour cent de la Palestine, mais elle a maintenu une minorité palestinienne assez importante au sein de l'État juif. La méthode du nettoyage ethnique a été remplacée entre 1948 et 1967 par un régime militaire sévère imposé à la minorité palestinienne en Israël.

En 1948, sur 900 000 Palestinien·ne·x·s, 750 000 personnes ont été déplacées de force. Aujourd'hui, c'est plus de 34 000 personnes tuées dans des bombardements d'une intensité et d'une densité sans précédent dans un espace minuscule, la bande de Gaza.

Le collectif MARAD, mais aussi les personnes juives avec qui nous avons parlé à l'occupation qui ne sont pas du collectif, ont tou·te·x·s exprimé leur solidarité, leur admiration et leur fierté à l'égard de ce mouvement : la clarté des positions de la charte, le pacifisme résolu et l'organisation concrète pour éviter tout dérapage — alors que le mouvement était ouvert à tou·te·x·s — les réactions de sang-froid face à des agressions parfois abjectes tout autant que dangereuses (intrusions et insultes, utilisation d'un extincteur sur les étudiant·e·x·s, interruption d'une minute de silence, des contre-manifestant·e·s venant photographier les étudiant·e·x·s).

La CEP-GE a été exemplaire et je le dis avec toute la gravité possible : irréprochable. La réponse répressive et l'instrumentalisation de l'antisémitisme par le rectorat pour la justifier sont dangereuses. Elle ne s'appuie que sur des déclarations vagues et incirconstanciées ; elle entretient une confusion fausse et dangereuse entre personnes juives et Israël, empêche le débat et détourne le regard des horreurs commises par Israël à Gaza et en Cisjordanie. Elle invisibilise aussi les menaces très réelles d'antisémitisme et d'islamophobie qui se font de plus en plus pressantes en Europe.

Surtout, cela nous fait oublier un fait central :

Pas à un seul moment les souffrances des Palestinien·ne·x·s ne sont véritablement entendues ou soulignées. La réponse est diluée dans une symétrie entre un mouvement contre le génocide et pour les droits humains et des malaises individuels qui ne sont basés sur aucune violence observée pendant l'occupation. En ce sens, les réponses du rectorat et la répression qu'a subie la CEP-GE nient constamment le fait colonial et l'apartheid.

Pour rappel, entre 2021 et 2022, Human Rights Watch, Amnesty, mais aussi des institutions israéliennes comme B'Tselem et Yesh Din ont déclaré qu'Israël était un État d'apartheid.

Ce courage, politique et moral, qui manque au rectorat, nous devons l'avoir en tant qu'employé·e·x·s de l'Université pour pousser une réponse claire et des actes fermes. Un risque de génocide jugé « plausible » par la Cour internationale de justice fin janvier devient de plus en plus concret chaque jour, alors qu'Israël bombarde Rafah où se sont réfugié·e·x·s plus d'un million de Palestinien·ne·x·s.