Isaac Moshe
[contexte à préciser]
Mon grand-père polonais est né en 1927, il s'appelait Isaac Moshe mais, à l'époque, les autorités françaises ont décidé de traduire son nom par Isidore Maurice, sur ses papiers.
J'ai grandi avec ses récits des camps de concentration dont il est sorti vivant, des actes de résistance de ses sœurs, des planques en Creuse chez des paysan·ne·s, de la nuit lors de laquelle la police française a fait irruption dans l'appartement où lui et sa famille vivaient.
Ils ont emporté trois de ses frères et sœurs qui sont morts dans les camps d'extermination, disparu·e·s « dans la nuit et le brouillard » selon ses termes. Lui était resté couché, sa mère avait fait semblant qu'il était un petit enfant, ce qui l'a sauvé. Il avait alors 16 ans.
Les souvenirs et les histoires de mon grand-père m'ont amenée là comme une évidence, à me battre et à ne jamais légitimer la maltraitance, la colonisation, les frontières et les souffrances qu'elles engendrent. Elles m'ont fait grandir avec la conscience de me battre toujours contre les inégalités, les racismes et toute politique qui tend à stigmatiser et hiérarchiser les êtres. C'est viscéral et c'est ancré.
J'ai commencé à militer activement dans des groupes antisionistes depuis plus d'une vingtaine d'années durant lesquelles je me suis rendue en Palestine.
Dans chaque Palestinien·ne chassé·e de ses terres, de sa maison, de ses champs ; dans chacun·e traqué·e et privé·e de ses droits et liberté ; dans chaque regard d'enfant, de femme et d'homme terrifié, hagard, ou résigné ; dans chaque scène d'exode et d'errance, je vois un peu de mon grand-père, de toutes les victimes du génocide nazi — et cela me paraîtrait une antinomie totale de ne pas lutter contre l'occupation, l'impérialisme, la suprématie israélienne et les politiques occidentales qui soutiennent, financent et arment cet État criminel.